COBRA


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Le groupe Cobra, dont le nom est formé par la contraction des premières lettres de COpenhague , BRuxelles et Amsterdam , villes des trois pays de ses fondateurs, fut actif de 1948 à 1951. De nombreux artistes s’y rattachèrent au gré des rencontres, mais le noyau se constituait du Danois Asger Jorn, des Néerlandais Karel Appel, Constant Nieuwenhuis (dit Constant), Cornelis Van Beverloo (dit Corneille), des poètes belges Christian Dotremont et Joseph Noiret, et, plus tard, du peintre Pierre Alechinsky. Selon le critique Michel Ragon, qui fut leur correspondant parisien, si l’âme de Cobra a toujours été Jorn, le grand organisateur du mouvement fut Dotremont.

Naissance et premiers combats

Paradoxalement, si Cobra a paru se constituer en réaction contre une école de Paris jugée hégémonique, ce sont les bords de Seine qui virent sa création, le 8 novembre 1948, sous la forme d’un manifeste (La cause était entendue ) rédigé au café de l’hôtel Notre-Dame, quai Saint-Michel, où logeait Dotremont: cosigné par Noiret, Jorn, Appel, Constant, Corneille, il critique violemment le tour mystique que prend alors le surréalisme parisien, sous la houlette d’André Breton, de retour des Laurentides.

Les fondateurs de Cobra ont déjà une certaine pratique artistique: Dotremont et Noiret représentaient le Centre surréaliste révolutionnaire belge, Jorn le groupe expérimental danois (qui avait été précédé par le groupe Linien qui publia une revue du même nom de 1934 à 1939, par le groupe Höst, à partir de 1938, et par la revue Helhesten , «Cheval d’enfer», éditée par Jorn, Ejler Bille et Carl-Henning Pedersen de 1941 à 1944); Constant, Appel et Corneille appartenaient au Groupe expérimental hollandais, fondé au début de 1948 à l’instigation de Constant et dont la revue Reflex était le porte-parole. La présence de poètes surréalistes orienta Cobra vers des formes d’activité collective, et tapageuses. Cependant, Cobra s’oppose au surréalisme représenté par Breton, par fidélité au communisme, comme le rappelle Alechinsky: «Ce qui nous a séparé de Breton, c’est surtout notre immense naïveté politique d’après guerre. Nous avons cru qu’il était encore possible de collaborer avec le Parti communiste [...]. Il y a de quoi être honteux. Mais, précisons-le, nous sommes néanmoins de ceux qui ont réagi avant la mort de Staline. En 1949, Dotremont et moi sortions du Parti communiste avec fracas [...]. Petit fracas, bien entendu, à notre mesure» (F. de Towarnicki, 1985).

Le réalisme socialiste deviendra donc une cible privilégiée, tout comme l’abstraction géométrique représentée, pour les artistes hollandais du groupe, par la figure tutélaire de Mondrian. Ainsi, en 1949, Jorn puis Constant et Corneille peignirent sur un tableau de Mortensen. Au-delà de son aspect iconoclaste, le geste révèle une tendance des artistes de Cobra: le travail en commun. Les sources de Cobra sont à rechercher dans les premières œuvres de Kandinsky, dans la peinture de Klee, mais surtout dans celle de Miró et dans l’art primitif et populaire scandinave. Son esthétique, commune à chacun de ses membres, pourrait se résumer par cette phrase de Corneille: «Pas de bon tableau sans un gros plaisir»; et son attitude par rapport à ses devanciers, par cette autre de Dotremont: «Je ne vais dans les musées que pour enlever les muselières.»

Trois ans d’agitation

La première exposition du groupe eut lieu à Copenhague, du 19 novembre au 2 décembre 1948, à l’occasion du Salon de la coopérative Höst. Il fut définitivement baptisé à cette occasion, non sans quelques hésitations de la part de Dotremont, qui voulait lui donner une ouverture internationale. Conscient de ce que l’acronyme limitait l’extension du mouvement, il écrivit à Jorn, le 23 novembre 1948: «Cobra est un peu genre Benelux et ensuite est limitatif; impossible par exemple d’ajouter Londres!»

De son passé surréaliste, le poète gardait le goût de l’agitation, et connaissait les vertus des médias: il dépensa beaucoup d’énergie – et le peu d’argent dont il disposait – pour faire paraître une revue (Cobra , dix numéros), des fascicules plus modestes (Le Petit Cobra ) et de nombreux tracts (Le Tout Petit Cobra ), à une époque où les publications artistiques étaient rarissimes.

Le premier numéro de Cobra , édité en mars 1949 par Dotremont et les Danois, est une synthèse de Helhesten et de Reflex ; il se présente comme le «bulletin pour la coordination des investigations artistiques [...] des groupes expérimentaux danois (Höst), belge (surréaliste-révolutionnaire), hollandais (Reflex)»; son tirage reste confidentiel.

Le numéro 2, publié à Bruxelles par Dotremont, servit de catalogue pour l’exposition du groupe dans cette ville; intitulée La Fin et les moyens , elle eut lieu du 19 au 28 mars 1949 dans une salle du palais des Beaux-Arts. On note quelques apparitions significatives: Pol Bury, dont l’une des œuvres était reproduite sur la couverture de la revue, y participe; Alechinsky vient la visiter et adhère ensuite au groupe. Il sera l’auteur de la couverture du numéro 3, publié en juin 1949.

Le numéro 4 sortit à l’occasion de l’exposition organisée du 3 au 28 novembre 1949, au Stedelijk Museum d’Amsterdam, grâce à son directeur Willem Sandberg. Dotremont prononça un discours, que personne ne comprit, mais le mot «soviétique», qui y revenait comme un leitmotiv, provoqua une émeute. La presse néerlandaise, indignée, éreinta l’exposition, qui coïncidait avec un autre scandale: la décoration murale réalisée par Appel à la cantine de l’hôtel de ville d’Amsterdam. Les Enfants interrogateurs , œuvre violente inspirée par les enfants faméliques rencontrés dans l’Allemagne vaincue, seront recouverts par décision du conseil municipal, malgré le soutien des architectes Jacob Bakema et Aldo Van Eyck. En 1950, le groupe hollandais, sans argent et couvert d’insultes par la presse, émigre vers la France. Commencent alors, pour certains, des parcours individuels: à l’automne de 1950, Alechinsky, Corneille et Jacques Doucet participent à l’exposition Les Mains éblouies à la galerie Maeght. Même les expositions portant le label Cobra ne réunissent plus tous les fondateurs: le 9 février 1951, Michel Ragon organise la première exposition Cobra en France, dans une librairie, 73, boulevard Saint-Michel, sans Alechinsky ni Pol Bury, mais avec la participation de Georges Collignon et de Hugo Claus. Une autre exposition, fragmentaire également, eut lieu du 14 au 28 avril 1951, chez Pierre Loeb.

Dispersion du groupe

La dernière grande manifestation se déroula au palais des Beaux-Arts de Liège, en 1951. À cette occasion parut le dixième et dernier numéro de Cobra . Michel Ragon a raconté la fin du groupe: «C’est Alechinsky, demeuré seul à Bruxelles, qui enterrera Cobra. Il prit en effet l’initiative d’annoncer en quatrième page de couverture de Cobra 10 qu’il s’agissait du “dernier numéro de la revue”. Puis il éteignit la lumière et vint rejoindre Corneille et Appel à Paris [...]. Le groupe Cobra n’aura duré que trois ans (novembre 1948-octobre 1951).» Ainsi se réalisait la prédiction de Doucet, excédé par l’antiparisianisme de Cobra: «Un jour vous serez à Paris et tous fâchés les uns avec les autres.» Les trop nombreux conflits, le plus souvent d’ordre privé, mais aussi une réelle misère personnelle (sous-alimentés, Dotremont et Jorn contracteront la tuberculose) feront éclater ce groupe dont Alechinsky et Édouard Jaguer essaieront de ressusciter l’esprit, en 1954, avec la revue Phases , et qui influencera certains artistes situationnistes.

cobra [ kɔbra ] n. m.
• 1856; cobra capel XVIe; port. cobra de capelo « couleuvre à capuchon »
Serpent venimeux d'Asie et d'Afrique. Cobra indien, appelé aussi serpent à lunettes. naja. Cobra royal. hamadryade.

cobra nom masculin (portugais cobra capello, couleuvre-chapeau) Serpent venimeux protéroglyphe d'Afrique et d'Asie tel que le naja ou serpent à lunettes.

Cobra
acronyme pour COpenhague, BRuxelles, Amsterdam, mouvement artistique expressionniste (1948-1951).
————————
Cobra
n. m. Serpent venimeux dont les côtes peuvent se redresser, formant un élargissement caractéristique derrière la tête. (Naja naja est le cobra indien, ou serpent à lunettes. Naja hannah, le cobra royal, du S.-E. asiatique, atteint 6 m de long. Naja nigricollis est le cobra cracheur, largement répandu en Afrique, au S. du Sahara.)

⇒COBRA, subst. masc.
A.— Grand serpent venimeux du genre naja, dont le cou se gonfle lorsqu'il est irrité :
Méprisante et sardonique, elle le traitait de « pauvre malheureux! » ... Il se tenait sur la défensive... Il avait plus un mot à dire... Elle est allée remettre son chapeau... Elle se dandinait haute devant l'homme, montée en colère de cobra! ...
CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 610.
Emploi adj. Serpent cobra (LOTI, Un Pèlerin d'Angkor, 1912, p. 58).
B.— P. anal. Plante cobra. Plante carnivore (cf. MORAND, New York, 1930, p. 193).
Prononc. et Orth. :[]. Ds Ac. 1932. Étymol. et Hist. 1. [1587 cobra capel d'apr. FEW t. 2, p. 927]; 1670 cobra capel [mot port. cité] (DELLON, Relation d'un voyage, I, p. 191 ds DALG.); 1701 cobra de capello (Abbé J. LE GRAND, Hist. de l'isle de Ceylan [trad. du port.], p. 154 ds ARV., p. 357), encore en 1947 (GIONO, Noé, p. 344 : cobra di capello); d'où p. ell. 2. 1866 cobra (Lar. 19e). Empr. au port. cobra de capel(l)o, attesté dep. 1516 (Duarte Barbosa ds DALG.) proprement « couleuvre » (cobra « couleuvre » attesté dep. XIVe s. ds MACH. et issu du lat. vulg. pour « id. ») « à capuchon » (capello) parce que la peau du cobra forme sur sa tête une sorte de capuchon (v. FEW t. 2 p. 927). Fréq. abs. littér. :9.

cobra [kɔbʀa] n. m.
ÉTYM. 1856; sous la forme cobra capel, 1587, puis 1670, et cobra de capello, 1701; du port. cobra de capello « couleuvre (cobra) chapeau ».
Reptile ophidien (Protéroglyphes), scientifiquement appelé naja, remarquable par la dilatabilité de son cou, qui forme un capuchon orné d'un motif rappelant des lunettes (d'où le nom de serpent à lunettes) et par la toxicité de son venin. Naja. || Le cobra d'Arabie ou aspic de Cléopâtre.
tableau Noms de reptiles non fossiles.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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